Musique et cerveau

Le médecin Jean Etienne Dominique Esquirol[1] disait :

« J’ai souvent employé la musique, j’ai très rarement obtenu quelques succès de ce moyen : il calme, il repose l’esprit, mais il ne guérit pas. »

Cette opinion était partagée par Steven Pinker [2] :

« La musique constitue un accident de l’évolution, une cerise sur le gâteau, l’homme pourrait vivre sans elle. »

Boris Cyrulnik[3] va à l’encontre des opinions de Esquirol et de Pinker et dit :

« La musique est comparable à une braise de résilience. »

Quant à Oliver Sacks[4] , il est du même avis que Boris Cyrulnik. Selon un article dans le journal le monde il dit : 

« La musique a continuellement attiré mon attention à bien plus d’égards que je n’aurais pu l’imaginer, en me montrant qu’elle influe sur chaque aspect ou presque du fonctionnement cérébral – et de la vie, par conséquent », précise-t-il.

Pourquoi, alors, avoir attendu si longtemps pour écrire Musicophilia[5], ode vibrante au pouvoir qu’exercent sur notre espèce « ces motifs sonores dénués de signification » ? demande le journaliste.

« Parce que l’imagerie cérébrale a véritablement décollé dans les années 1990, et que seule cette technique d’exploration permet de comprendre, même partiellement, notre entendement de la musique », répond- Oliver Sacks.

Mais quels sont les arguments pour expliquer l’intérêt de la musique en dehors du plaisir esthétique ?

Existe-t-il un cerveau musical ?

Des études récentes ont démontré que la musique est un neurostimulateur et un neuroprotecteur, qu’elle stimule la plasticité cérébrale et réorganise des circuits neuronaux déficients. 

La musique agit également sur les émotions et permet de réactiver les capacités résiduelles de la mémoire ou plutôt des mémoires :

  • Les mémoires explicites : épisodique, qui encode les événements de la vie, et sémantique, qui concerne la connaissance de soi.
  • Les mémoires implicites : procédurale, qui concerne les automatismes et perceptive, liée aux sens.

Mais comment est-on arrivé à ces conclusions ?

Au début des années 1990 Robert Zatorre[6] et ses collègues partent à la recherche du « Centre de la musique » dans le cerveau.  Les premières techniques permettent de mesurer le débit sanguin dans telle ou telle région du cerveau à l’écoute de la musique. 

Les goûts musicaux étant très variés, R. Zatorre pense qu’il est plus simple de mener ses expériences en utilisant des musiques dissonantes.  À l’aide du TEP (tomographie à émission de positrons). Zatorre et ses collègues mesurent, sur des sujets neurotypiques, les régions qui s’activent dans le cerveau lors de l’écoute de ces musiques. 

Un premier constat : une région du cerveau appelée système para limbique s’active, elle est associée aux émotions.

Les chercheurs font aussi écouter à leurs sujets leur musique préférée et parviennent à suivre le parcours du son, de l’oreille jusqu’au cerveau.  Ils constatent que la musique modifie les mécanismes biochimiques du cerveau alors entièrement activé.

 Effectivement comme le dit Hervé Platel [7] :

« Aucune région du cerveau n’échappe à la musique ». 

Hervé Platel a été parmi les premiers en France à réaliser des études de neuroimagerie permettant la « cartographie » cérébrale de la perception et de la mémoire musicale. Ses travaux fondamentaux et cliniques posent la question de la place des pratiques artistiques dans la compréhension des phénomènes de plasticité cérébrale, et de leur utilisation dans l’optimisation et la rééducation des fonctions cognitives tout au long de la vie.

[1] Jean Etienne Dominique Esquirol 1772-1840 est considéré comme le père de l’organisation de la psychiatrie en France.

[2]  Steven Pinker est un chercheur américain en neurosciences cognitives du Massachussetts of technologie.

[3] Boris Cyrulnik est un auteur de livres traitant de psychologies et de récits de vie.

[4] Oliver Wolf Sacks 1933-2015 est un médecin, neurologue et écrivain britannique.

[5] Oliver Sacks- Musicophilia livre édité en octobre 2007 traduction « Love of Music »

[6] Robert ZATORREprofesseur à l’Institut Neuroscientifique de Montréal* de l’Université McGill, co-fondateur du laboratoire BRAMS, (Laboratoire international de recherche sur le Cerveau, la Musique et le Son).

[7] Hervé Platel, professeur de neuropsychologie, chercheur et membre du laboratoire « Neuropsychologie cognitive et neuro anatomie fonctionnelle de la mémoire humaine » INSERM, à l’université de Caen avait mené avec son équipe des études sur le cerveau sous influence de la musique.

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